Comment le voilier avance-t-il ? Le guide complet

La navigation à la voile est une danse fascinante avec les éléments, une harmonie subtile entre le vent, l’eau et le bateau. Pour le néophyte, voir un voilier fendre les flots, qui plus est contre le vent, peut sembler magique. Pourtant, derrière cette apparente magie se cache une science précise et un savoir-faire ancestral : la maîtrise des allures. Finalement, que vous soyez un futur skipper ou simplement un curieux amoureux de la mer. Ce guide complet vous donnera toutes les clés pour comprendre les allures d’un voilier.
Comprendre comment un voilier avance est la première étape essentielle pour tout marin en herbe désireux de prendre la mer. En effet, c’est cette connaissance qui permet de transformer la force brute du vent en une propulsion contrôlée et efficace. Cet article se propose de vous guider pas à pas dans l’univers des allures. De surcroît, nous démystifierons les principes physiques qui permettent à un voilier de naviguer.
Comprendre les allures voilier : Hisser les voiles et laisser le vent faire le travail
Naviguer ne se résume pas à simplement hisser les voiles et laisser le vent faire le travail. Au contraire, c’est un art qui exige de l’observation, de l’anticipation et une connaissance fine des réactions de son bateau. Chaque direction que prend le voilier par rapport au vent porte un nom : c’est ce que l’on appelle une « allure ». Par conséquent, savoir identifier et maîtriser ces différentes allures est fondamental pour diriger son embarcation en toute sécurité et avec performance.
Dans un premier temps, nous aborderons les bases de la propulsion vélique, en expliquant simplement les forces en jeu. Ensuite, nous détaillerons chaque allure, du près au vent arrière, à l’aide d’une infographie claire de la rose des vents. De plus, nous verrons comment optimiser la vitesse et le confort en fonction de l’allure choisie. En somme, préparez-vous à embarquer pour un voyage au cœur de la mécanique de la voile. Une aventure qui vous révélera comment l’homme a su apprivoiser le vent pour explorer les océans.
Les fondamentaux pour comprendre les allures voilier : poussée et portance

Avant de plonger dans le détail des différentes allures. Il est primordial de saisir les deux grands principes qui permettent à un voilier d’avancer. Bien que cela puisse paraître complexe, les concepts de poussée et de portance sont en réalité assez intuitifs. Ainsi, leur compréhension est le socle sur lequel repose toute la logique de la navigation à la voile.
La poussée : l’art de se laisser porter par le vent
La première force, et la plus évidente, est la poussée. Imaginez que vous teniez un parapluie ouvert face à un vent violent. Vous sentez une force qui vous pousse en arrière. De la même manière, lorsqu’un voilier navigue avec le vent venant de l’arrière (aux allures portantes). Ses voiles se gonflent et agissent comme d’immenses parachutes. Le vent, en s’engouffrant dans les voiles, exerce une pression directe qui « pousse » littéralement le bateau vers l’avant. C’est pourquoi cette force est particulièrement dominante lorsque l’on navigue au largue ou en vent arrière. Toutefois, la poussée seule ne suffit pas à expliquer comment un voilier peut remonter face au vent. Pour cela, il faut introduire une seconde force, beaucoup plus subtile mais tout aussi puissante.
La portance : le secret pour remonter contre le vent
C’est ici que la « magie » opère. Pour comprendre les allures voilier face au vent, il faut se pencher sur le principe de portance, un phénomène similaire à celui qui permet aux ailes d’un avion de le faire décoller. Lorsqu’un voilier navigue au près, c’est-à-dire en se rapprochant de la direction d’où vient le vent, les voiles ne sont pas simplement poussées. En réalité, elles agissent comme une aile verticale.
Le vent se divise en deux flux d’air en rencontrant la voile. Le flux qui parcourt la face extérieure de la voile (l’extrados, la partie bombée) a une distance plus grande à parcourir que celui qui longe la face intérieure (l’intrados). Par conséquent, pour que les deux flux se rejoignent en même temps à l’arrière de la voile, celui de l’extrados doit accélérer. Selon le principe de Bernoulli, cette accélération de l’air crée une zone de basse pression, une sorte d’aspiration. Simultanément, sur l’intrados, le ralentissement du flux d’air génère une surpression. La différence de pression entre les deux faces de la voile engendre une force perpendiculaire à la voile : la portance. C’est cette force qui « tire » le voilier vers l’avant et sur le côté.
Alors, comment le bateau ne dérive-t-il pas simplement sur le côté ? C’est là qu’intervient le plan anti-dérive de la coque, c’est-à-dire la quille ou la dérive. Cette partie immergée s’oppose à la force de dérive latérale, ne laissant s’exprimer que la composante qui propulse le bateau vers l’avant. Ainsi, grâce à la portance, un voilier peut non seulement avancer, mais aussi remonter à un angle d’environ 45 degrés par rapport au vent.
La rose des vents des allures : un outil indispensable
Pour visualiser et comprendre les allures voilier, les marins utilisent un diagramme appelé la rose des vents des allures. C’est une représentation schématique qui montre la direction du vent et les différentes zones de navigation possibles pour un voilier.

- Au centre de l’image : Un cercle représentant les 360° de l’horizon.
- Une flèche pointant vers le bas (du Nord au Sud) : Elle indique la direction d’où vient le vent (le « lit du vent »).
- Une zone conique en haut (face au vent) : Colorée en rouge et légendée « Zone de Faseyement » ou « Vent Debout » (environ 45° de chaque côté de l’axe du vent). Dans cette zone, le voilier ne peut avancer, ses voiles battent comme un drapeau.
- De chaque côté de la zone rouge : Deux secteurs légendés « Le Près » (environ 45° à 60° du vent). Un voilier est dessiné dans chaque secteur, gîté, avec les voiles très bordées (proches de l’axe du bateau).
- En dessous du Près : Deux secteurs légendés « Le Travers » (environ 90° du vent). Les voiliers sont dessinés plus droits, avec les voiles un peu plus ouvertes.
- Encore en dessous : Deux secteurs légendés « Le Largue » (environ 120° à 150° du vent). Les voiliers sont dessinés avec les voiles bien ouvertes, profitant de la poussée.
- Le secteur le plus en bas : Légendé « Le Vent Arrière » (environ 180° du vent). Un voilier est dessiné avec la grand-voile d’un côté et éventuellement un spi ou un génois de l’autre (en « ciseaux »).
Cette infographie permet de comprendre d’un seul coup d’œil la position du bateau par rapport au vent et l’allure correspondante.
Régler ses Voiles : L’Art Clé pour Maîtriser les Allures
Comprendre les allures ne suffit pas ; il faut savoir adapter la voilure. Voici un principe fondamental : plus vous remontez au vent (près, bon plein), plus vous devez border les voiles (les ramener vers l’axe du bateau). À l’inverse, plus vous descendez au vent (travers, largue, vent arrière), plus vous devez choquer les voiles (les laisser s’éloigner de l’axe). Voici un guide rapide :
| Allure | Angle Vent Vrai | Réglage Grand-Voile | Réglage Foc/Génois | Objectif Principal |
|---|---|---|---|---|
| Près Serré | 45°-50° | Bordée très fort, chariot HV | Bordé à bloc, barber HV | Maximiser remontée au vent |
| Bon Plein | 60°-80° | Bordée ferme, chariot MV | Bordé ferme, barber MV | Équilibre vitesse/remontée |
| Travers | 80°-110° | Choquée modérément | Choqué modérément | Maximiser la vitesse |
| Largue | 110°-160° | Choquée, poussée au dehors | Choqué largement | Stabilité et vitesse |
| Vent Arrière | 160°-180° | Choquée au max, risque d’ombre | Polaire ou « Ailes Papillon » | Éviter l’empannage |
HV = Haut, MV = Milieu/Vers le bas
N’oubliez pas d’affiner sans cesse : observez le faseyement des voiles et les filières (filets de laine) collées sur les voiles. Elles doivent être parallèles au flux d’air pour indiquer un écoulement laminaire optimal.
Exploration détaillée pour comprendre les allures voilier
Maintenant que les bases sont posées et que nous avons une image mentale de la rose des vents, explorons chaque allure en détail. Chaque allure a ses propres caractéristiques, ses réglages de voiles spécifiques et ses sensations.
Le Près : l’art de la remontée au vent
Naviguer au près signifie remonter le plus possible face au vent. C’est sans doute l’allure la plus technique, mais aussi l’une des plus gratifiantes.
Comprendre les allures voilier au près : les subtilités

On distingue généralement deux types de près : le « près serré » et le « près bon plein ». Le près serré permet de gagner un maximum de terrain contre le vent (on « fait du cap »), mais souvent au détriment de la vitesse. Inversement, le près bon plein (ou simplement « bon plein ») consiste à s’écarter légèrement de l’axe du vent pour gagner en vitesse et en confort, même si l’on perd un peu en angle de remontée. Pour cette raison, le choix entre ces deux options dépend de la stratégie de navigation, de l’état de la mer et du type de voilier. Les voiles sont bordées au maximum, c’est-à-dire tirées vers l’axe du bateau, pour présenter un profil plat et efficace, optimisant ainsi la portance. C’est une allure où le bateau gîte (se penche), offrant des sensations fortes mais pouvant être inconfortable par mer formée.
Le Travers : la vitesse à l’état pur
Lorsque le vent arrive perpendiculairement à l’axe du bateau (à 90°), on navigue au travers. C’est souvent l’allure la plus rapide pour un voilier de croisière.
Comprendre les allures voilier au travers : l’équilibre parfait
Au travers, le bateau bénéficie d’un excellent compromis entre la portance et la poussée. Les voiles sont partiellement choquées (relâchées) par rapport au près, ce qui permet de capturer le vent de manière optimale. La gîte est généralement modérée et le bateau file sur l’eau avec une stabilité remarquable. De ce fait, c’est une allure très agréable et efficace, souvent privilégiée pour les longues traversées lorsque la destination le permet. Le réglage des voiles est moins critique qu’au près, ce qui la rend plus accessible pour les débutants.
Le Largue : la glisse confortable
Dès que l’on s’écarte davantage de l’axe du vent, on entre dans les allures portantes, en commençant par le largue. Le vent vient de trois-quarts arrière (entre 120° et 150°).
Comprendre les allures voilier au largue : la puissance contrôlée
Au largue, la force de poussée devient prédominante. Les voiles sont largement ouvertes pour offrir un maximum de surface au vent. Le bateau accélère franchement, et c’est à cette allure que l’on peut décider d’envoyer des voiles de portant comme le spinnaker ou le gennaker pour augmenter encore la surface de voilure et donc la vitesse. La navigation est généralement très confortable, avec peu de gîte et un mouvement de roulis doux. On distingue parfois le « petit largue » (proche du travers) du « grand largue » (proche du vent arrière), ce dernier étant souvent synonyme de belles pointes de vitesse et de sensations de surf sur les vagues.
Comprendre les allures voilier : Le Vent Arrière, naviguer dans le sens du vent
C’est l’allure où le vent vient directement de l’arrière du bateau (180°). C’est la direction la plus intuitive, celle que l’on imagine en premier lorsque l’on pense à un voilier.
Vent arrière : attention et anticipation
Bien que semblant la plus simple, l’allure de vent arrière demande une attention particulière. En effet, le bateau peut devenir instable et sujet au roulis. De plus, un danger majeur guette le navigateur inattentif : l’empannage involontaire. Si le vent passe subitement d’un côté à l’autre de l’arrière du bateau, la grand-voile et sa bôme (la poutre horizontale en bas de la voile) peuvent balayer violemment le cockpit, représentant un risque sérieux pour l’équipage et le matériel. Pour contrer ce risque, il est courant de naviguer légèrement en grand largue plutôt qu’en plein vent arrière. Une autre technique consiste à gréer les voiles en « ciseaux » ou en « papillon » : la grand-voile d’un côté, et le génois (la voile avant) de l’autre, maintenu par un tangon. Cette configuration offre une meilleure stabilité et une surface de voilure bien exposée.
Comprendre les allures voilier : Manœuvres et transitions, l’art de changer d’allure
Pour passer d’une allure à une autre ou pour changer de direction par rapport au vent, le marin doit effectuer des manœuvres spécifiques. Les deux manœuvres de base sont le virement de bord et l’empannage.

Changer de cap face au vent
Le virement de bord est la manœuvre qui permet de changer de côté par rapport au vent (on dit « changer d’amure ») en passant face à lui. Par exemple, si vous naviguez au près tribord amure (le vent vient de droite), vous allez virer pour vous retrouver au près bâbord amure (le vent vient de gauche). Pour ce faire, le barreur annonce « Paré à virer ? » pour s’assurer que l’équipage est prêt. Puis, il pousse la barre pour faire lofer le bateau (le rapprocher du vent). Le bateau passe alors par la zone de vent debout où les voiles faseyent, puis le vent gonfle les voiles sur l’autre bord. Les équipiers doivent alors rapidement régler les écoutes de la voile d’avant pour la border sur le nouveau côté. C’est une manœuvre fondamentale, notamment pour remonter au vent en zigzag (on parle de « louvoyer »).
Changer de cap dos au vent
L’empannage est l’équivalent du virement de bord, mais pour les allures portantes. On change d’amure en passant par le vent arrière. Le barreur annonce « Paré à empanner ? ». La manœuvre consiste à faire pivoter l’arrière du bateau pour qu’il traverse l’axe du vent. Comme mentionné précédemment, le passage de la bôme peut être violent. Par conséquent, la manœuvre doit être contrôlée en bordant la grand-voile juste avant le passage, puis en la choquant progressivement sur le nouveau bord. Une bonne coordination de l’équipage est essentielle pour un empannage en toute sécurité.
Conclusion : Comprendre les allures voilier, un savoir infini
Comprendre les allures d’un voilier n’est pas seulement une question de technique, c’est entrer dans une conversation intime avec le vent et la mer. Nous avons vu que la propulsion d’un voilier repose sur deux forces complémentaires, la poussée et la portance, qui permettent non seulement d’être porté par le vent mais aussi de le remonter. Chaque allure, du près au vent arrière, possède sa propre logique, ses réglages et ses sensations. Le près exige de la finesse et de la concentration pour grappiller des degrés face au vent. Le travers offre la quintessence de la vitesse dans un équilibre parfait. Enfin, le largue et le vent arrière procurent des sensations de glisse et de puissance, tout en demandant une vigilance constante.
La rose des vents des allures
S’est révélée être notre compas pour naviguer à travers ces concepts, illustrant clairement comment l’angle entre le bateau et le vent définit la manière de naviguer. De surcroît, la maîtrise des manœuvres comme le virement de bord et l’empannage est ce qui permet au marin de lier ces allures entre elles pour tracer sa route, quelle que soit sa destination.
En fin de compte, cet univers est bien plus qu’un simple ensemble de règles physiques. C’est une invitation à l’observation, à l’écoute des éléments. Apprendre à régler ses voiles à la limite du faseyement, sentir le bateau accélérer sur une risée, anticiper une vague pour soulager la coque… tout cela fait partie d’un apprentissage continu qui rend la voile si passionnante. Alors, que vous soyez sur le point de vous inscrire à votre premier cours de voile ou que vous rêviez simplement d’horizons lointains, gardez à l’esprit que chaque souffle de vent est une opportunité. Une opportunité de comprendre, d’apprendre et, finalement, d’avancer. Car c’est là toute la beauté de la voile : une quête perpétuelle d’harmonie pour glisser sur l’eau, propulsé par la force la plus naturelle qui soit.
