Ils ont tout plaqué pour vivre sur un voilier : Récit et Guide Complet pour une famille en tour du monde

C’est le rêve ultime de milliers de passionnés : larguer les amarres, dire adieu à la grisaille du quotidien et offrir à ses enfants l’océan pour jardin. Vivre sur un voilier en famille n’est pas seulement un changement d’adresse, c’est une révolution copernicienne de l’existence. Pourtant, derrière les photos idylliques de mouillages turquoises sur Instagram, se cache une réalité faite de préparation rigoureuse, de défis techniques et d’une gestion humaine complexe.
À travers le récit de la famille « Martin » (noms changés), partis pour trois ans autour de l’Atlantique, et grâce à notre expertise technique, nous allons décortiquer ce changement de vie radical. En effet, ce dossier a pour vocation de transformer le rêve en projet tangible.
Le Déclic : Pourquoi choisir de vivre sur un voilier en famille ?
Pour beaucoup, la décision ne se prend pas du jour au lendemain. En effet, elle est souvent le fruit d’une longue maturation ou, à l’inverse, d’un besoin urgent de reconnexion. Pour les Martin, c’était un mélange des deux. « Nous courions après le temps, entre le métro, le boulot et l’école. Nous voulions voir nos enfants grandir, pas seulement les croiser le soir », confie Thomas, le père.
Toutefois, vivre sur un voilier en famille exige de renoncer au confort moderne immédiat. Il n’y a plus d’eau courante illimitée, plus de fibre optique stable, et l’espace personnel se réduit drastiquement. Par ailleurs, c’est précisément cette contrainte qui crée la liberté. Ainsi, le voilier devient une bulle autonome où chaque membre de l’équipage apprend la valeur des ressources.
Les motivations principales :
- La décélération (Slow Life) : Apprendre à vivre au rythme du soleil et du vent.
- L’éducation par l’expérience : Géographie, biologie marine et langues étrangères s’apprennent sur le terrain.
- La résilience : Savoir réparer, économiser l’eau et gérer les imprévus.
Le Choix du Navire : Quel bateau pour vivre sur un voilier en famille ?
C’est la question centrale, celle qui hante les forums et les salons nautiques. Quel est le support idéal pour ce projet ? Si le monocoque a ses puristes pour sa sécurité marine, le catamaran s’est imposé ces dix dernières années comme la référence pour le voyage familial.
En effet, l’absence de gîte et l’espace de vie carré-cockpit de plain-pied offrent un confort inégalé au mouillage, là où les familles passent 80% de leur temps. Pour notre étude de cas, la famille Martin a opté pour un Catamaran de 42 pieds (12,80 m). Analysons ce choix technique.
Fiche Technique : Le Catamaran de Grande Croisière (Type Lagoon 42 / Bali 4.2)
| Caractéristique | Donnée Technique |
| Longueur Hors Tout | 12,80 m |
| Bau (Largeur) | 7,70 m |
| Tirant d’eau | 1,25 m (Idéal pour les Bahamas) |
| Déplacement lège | 12 000 kg |
| Surface de voile | 90 m² (au près) |
| Capacité Eau | 600 L (+ Dessalinisateur 100L/h) |
| Capacité Carburant | 600 L |
| Motorisation | 2 x 45 CV ou 2 x 57 CV |
Points Forts / Points Faibles : Vivre sur un voilier en famille (Catamaran)
| POINTS FORTS (Les Plus) | POINTS FAIBLES (Les Moins) |
| Habitabilité exceptionnelle : Chacun peut avoir sa cabine et son intimité relative. | Coût d’achat et d’entretien : Une place de port et le carénage coûtent 50% à 80% plus cher qu’un monocoque. |
| Stabilité : Pas de gîte, la vie quotidienne (cuisine, école) continue même en navigation. | Sensations de barre : Souvent moins fines qu’un monocoque, on « pilote » plus qu’on ne barre. |
| Faible tirant d’eau : Accès aux mouillages peu profonds inaccessibles aux quillards. | Remontée au vent : Performance médiocre au près serré, obligeant souvent à utiliser les moteurs. |
| Sécurité perçue : Le bateau est une plateforme large, rassurante pour les jeunes enfants. | Risque de retournement : Bien que rarissime, c’est un risque structurel en cas de conditions extrêmes. |
La Préparation Technique pour vivre sur un voilier en famille
Acheter le bateau n’est que la première étape. D’ailleurs, la préparation est souvent plus éprouvante que le voyage lui-même. Pour vivre sur un voilier en famille en toute autonomie, le navire doit être transformé en véritable maison autonome.
1. L’Autonomie Énergétique
C’est le nerf de la guerre. En effet, avec des ordinateurs pour l’école, un frigo, un congélateur et le pilote automatique, la consommation explose.
- Solaire : Il faut viser au minimum 800W à 1000W de panneaux solaires sur portique.
- Stockage : Le passage aux batteries Lithium (LiFePO4) est fortement recommandé pour doubler la capacité utile par rapport au plomb.
- Eau : Un dessalinisateur (60 à 100 litres/heure) est quasi indispensable pour une famille de quatre personnes, permettant de s’affranchir de la corvée d’eau à quai.
2. La Sécurité Enfant
Outre les gilets de sauvetage classiques, l’installation de filets de filières tout autour du bateau est obligatoire. De plus, il convient d’établir des règles strictes : « Pas de sortie dans le cockpit sans adulte si le bateau bouge ».
Itinéraires et Logistique : Réussir à vivre sur un voilier en famille
Où aller ? La route des alizés reste le classique indémodable. Toutefois, la planification doit tenir compte des saisons cycloniques.
Schéma Explicatif : La Boucle Atlantique Type
Voici une représentation simplifiée du parcours idéal pour une année sabbatique ou un début de tour du monde :
graph TD
%% Définition du style
classDef main fill:#e1f5fe,stroke:#01579b,stroke-width:2px;
classDef transat fill:#0277bd,stroke:#01579b,stroke-width:2px,color:#fff;
classDef decision fill:#fff9c4,stroke:#fbc02d,stroke-width:2px,stroke-dasharray: 5 5;
%% Les Noeuds (Étapes)
Start(DEPART : France / Méditerranée<br/>Septembre - Octobre):::main
Canaries(CANARIES : Escale Technique<br/>Octobre - Novembre):::main
CapVert(CAP VERT : Préparation Transat<br/>Début Décembre):::main
Transat[TRAVERSÉE DE L'ATLANTIQUE<br/>Route des Alizés : 15 à 20 jours]:::transat
Antilles(PETITES ANTILLES : Arrivée<br/>Noël - Janvier):::main
Caraibes(EXPLORATION : Bahamas / Cuba / Panama<br/>Hiver - Printemps):::main
Choix{QUELLE SUITE ?}:::decision
Retour(RETOUR : Via les Açores<br/>Transat Retour vers l'Europe):::main
Pacifique(AVENTURE : Canal de Panama<br/>Vers le Pacifique):::main
%% Les Liens (Flux)
Start --> Canaries
Canaries --> CapVert
CapVert --> Transat
Transat --> Antilles
Antilles --> Caraibes
Caraibes --> Choix
Choix -->|Boucle Atlantique| Retour
Choix -->|Tour du Monde| PacifiquePar ailleurs, vivre sur un voilier en famille implique de gérer la scolarité. Le CNED (Centre National d’Enseignement à Distance) est la solution académique française reconnue. Cependant, beaucoup de familles optent pour l’Instruction en Famille (IEF) avec des supports plus souples, car la connexion internet nécessaire pour envoyer les devoirs du CNED peut devenir une source de stress majeure aux Caraïbes ou dans le Pacifique.
Le Budget Réaliste : Combien coûte de vivre sur un voilier en famille ?
C’est souvent le sujet tabou, mais nous jouons la transparence. Contrairement aux idées reçues, le voyage ne coûte pas forcément moins cher que la vie à terre, les dépenses sont simplement réparties différemment.
Si l’on exclut l’achat du bateau, voici le budget mensuel moyen constaté pour une famille de 4 personnes (2 adultes, 2 enfants) sur un catamaran de 42 pieds aux Antilles :
| Poste de Dépense | Budget Mensuel Estimé (€) | Détails |
| Nourriture & Hygiène | 800 € – 1 200 € | Les produits importés sont chers dans les îles. La pêche aide, mais ne nourrit pas tout le monde. |
| Entretien Bateau | 400 € – 800 € | Moyenne lissée (voiles, moteur, antifouling annuel, casses imprévues). |
| Assurance Bateau | 150 € – 300 € | Dépend de la zone de navigation et de la valeur du navire. |
| Carburant & Gaz | 100 € – 200 € | Variable selon l’utilisation du moteur et du dinghy (annexe). |
| Ports & Mouillages | 100 € – 600 € | Très variable. Au mouillage c’est 0€, au port cela peut être 100€/nuit. |
| Santé / Assurances Perso | 150 € – 400 € | CFE ou assurances voyage privées (type Chapka). |
| Loisirs & Visites | 200 € – 400 € | Restaurants, locations de voiture, entrées parcs nationaux. |
| TOTAL | 1 900 € – 3 900 € | Moyenne réaliste autour de 2 500 € / mois. |
Ainsi, il est crucial de partir avec une « caisse de bord » de secours d’environ 5 000 € à 10 000 € pour faire face à une avarie majeure (moteur cassé, démâtage).
Les Réalités Psychologiques : Le défi de vivre sur un voilier en famille
Au-delà de la technique et du budget, l’aventure est humaine. Vivre sur un voilier en famille impose une promiscuité totale 24h/24.
La gestion des conflits
En mer, on ne peut pas « claquer la porte » et aller faire un tour. Par conséquent, la communication doit être immédiate et désamorcée. Les familles qui réussissent sont celles qui instaurent des rituels :
- Des moments de solitude respectés (lecture dans la cabine avec écouteurs).
- Des rôles définis lors des manœuvres pour éviter les cris (celui qui barre décide, l’autre exécute).
Le retour à terre
Finalement, le plus dur n’est pas de partir, mais de revenir. Le décalage avec la société de consommation, le bruit, et le rythme effréné peut créer un « spleen du marin ». C’est pourquoi il est essentiel de préparer l’après-voyage avant même la fin de l’aventure.
Conclusion : Faut-il sauter le pas ?
Vivre sur un voilier en famille est une école de vie d’une richesse infinie. C’est accepter que le bonheur ne réside pas dans l’accumulation de biens, mais dans la qualité des instants partagés. Si les défis techniques et financiers sont réels, ils sont largement compensés par la vision d’un lever de soleil en plein océan ou la découverte d’une culture nouvelle par les yeux de ses enfants.
Si vous hésitez encore, rappelez-vous cette adage de marin : « Les bateaux sont plus en sécurité au port, mais ce n’est pas pour cela qu’ils ont été construits. » Préparez-vous, formez-vous, et lancez-vous. L’horizon vous attend.
